La Bataille de la Serpentine - Circa 20 Givresouffle 472

Les murs centenaires de la Redoute n'ont pas failli, mais les morts dévalent pourtant les pentes du Rempart en direction de Fort Aquilon. Personne ne sait vraiment comment mais une armée des morts a trouvé un passage caché dans les montagnes et se tient prête à attaquer la ville. Les cloches sonnent !

Les Brisefiels décident de préparer la bataille de la manière suivante :

  • Renforcer les défenses à la hâte sur la Serpentine [Araun et Fulbert]
  • Mettre sous protection les non-combattants dans des lieux "sûrs" [Eryndra et Salomon]
  • Effectuer une reconnaissance [personne]
  • Poser des pièges ou créer une diversion [Bernt et Shaw... mais en fait pas vraiment]
  • Préparer une infirmerie d'urgence [Sayyaana]
  • Tenter de négocier un accord avec l'Homme-Arbre [Syllana et Eryndra]

Récit de la préparation de la bataille

La nuit avait été courte pour beaucoup. Les cloches sonnaient depuis la veille sur ordre du Connétable. Déjà les vociférations d'énervement et d'incompréhension résonnaient alors que les habitants à l'air hagard cherchaient refuge tandis que les combattants courraient en sens inverse créant une confusion totale dans les rues de Fort Aquilon.

Une aube morose surprit Salomon et Eryndra alors qu'ils escortaient un dernier groupe de femmes, d'enfants et de vieillards vers les cryptes du temple. Syllana les croisa alors qu'elle dévalait les ruelles pour devancer la horde,un espoir au cœur et un parchemin froissé à la main déjà trempé par la bruine glaciale. L'air fébrile elle échangea quelques mots rapides avec la druidesse qui lui emboita le pas. 

Rosalia observait ce bourdonnement d'activité retranchée dans son perchoir au sommet d'une des flèches du temple. Elle remarqua le départ précipité de l'elfe et de la druidesse. Elle entendait également les mots hachés de la chamane au-dessous qui dirigeait l'installation d'une infirmerie de fortune avec Mirta et le père Hippolyte. Tout cela lui tapait sur les nerfs et elle laissa son  regard dériver plus à l'est, vers la Serpentine.

Araun et Fulbert ne ménageaient pas leurs efforts au côté des autres bougres torses nus malgré le froid, suant toute l'eau de leur corps pour achever la barricade qui devait les séparer de la mort. Ça ne suffirait probablement pas, mais ça sauverait peut-être quelques vies. Cette énergie commune était réconfortante à l'approche de la bataille. 

Araun et quelques autres relevèrent la tête en voyant apparaitre Charles Clairval et son escorte sur le chantier. Alors qu'il s'apprêtait à le rejoindre pour saluer le notable, Araun vit deux furies débouler et interpeler le maire au sujet de la négociation de l'aide d'un homme de la forêt ou quelque chose de ce genre... après un bref hochement de tête agacé, Clairval coupa court à la discussion. Les deux femmes poursuivirent leur course vers les montagnes, bousculant les travailleurs au passage. 

Clairval salua brièvement Araun pendant que ce dernier faisait taire ses camarades. La harangue du maire fut belle, une véritable ode à la victoire, au sacrifice et au devoir mais les cœurs étaient aussi lourds que les fronts étaient bas. Seul un maigre vivat vint ponctuer le discours du maître de Fort Aquilon qui, vexé, repartit en fusillant le guerrier du regard.

Rosalia suivit le maire des yeux, vaguement intéressée, et aperçut Bernt et Shaw qui croisaient Clairval quelques instant avant qu'il ne s'engouffre dans ses quartiers. Le rôdeur et le guerrier semblaient vouloir masquer un air de conspirateur probablement en lien avec leur mission de piégeage.

Mais son regard se détourna car au loin, le rideau de pluie s'était levé et  les pentes du Rempart dévoilaient désormais la lente avancée des morts... le sang allait couler ce soir.

Récit de la bataille

Quelques minutes avant le crépuscule les défenseurs de Fort Aquilon voyaient la marée des Morts déferler depuis les collines. Un coup de Tocsin soudain sema l'effroi chez les Aquiloniens, des torches étaient apparues sur le sommet de la plus haute colline... Les Nécromants étaient arrivés !

Aux derniers rayons du soleil, avec horreur les éclaireurs de la Garde détectèrent une percée d'une vaste meute de goules en direction du sud, vers l'ancien guet de la Serpentine. Un détachement de volontaires fut détaché de la barricade pour tenter d'endiguer l'assaut et empêcher une prise de flanc dévastatrice. Malheureusement, sur la barricade comme pour cette troupe, les effectifs semblaient insuffisants

Enfin, alors que les guerriers protégeaient leurs armes de la pluie battante et que les archers tentaient inutilement de chasser le froid de leurs doigts gourds, des cris montèrent du Fort.. L'ennemi était déjà sur place et moissonnait les âmes !

***

Les quelques soldats restés en ville pour assurer une réserve et former la dernière ligne de bataille furent pris au dépourvu en découvrant qu'ils seraient les premiers à porter les coups. Mais rapidement, sous les ordres expérimentés d'Araun et appuyés par la féroce Rosalia et par l'impitoyable Sayyaana, ces défenseurs s'organisèrent et traquèrent dans les ruelles les groupes disparates de goules affamées. Des villageois assez imprudents pour rester hors des abris étaient tombés mais le chasseur devint vite la proie. Une véritable guérilla s'engagea alors, l'objectif des Morts semblant désormais d'infliger le plus grand nombre de pertes civiles.

***

Salomon à la tête d'une petite escouade diligemment dépêchée par Morgraine Vertechute surveillait la place du Menhir. Ce dernier représentait une zone cruciale pour les défenseurs car une patrouille des plus fiers guerriers de la Garde accompagnée de Vincent Rougétoile avait traversé à cheval la Serpentine plus tôt dans la soirée avec pour mission de ravager les arrières de la Horde puis de rompre le combat en direction de Fort Aquilon grâce à un portail.

Salomon serra plus fermement son bâton lorsqu'il entendit les premiers cris. Luttant contre son envie de se joindre aux combats, il se rappela sa mission cruciale... C'est alors qu'un hurlement perçant venu des cieux assombris lui fit lever le regard. Des Gargouilles descendaient en piqué sur la place ! Il n'eut que quelques secondes pour avertir les autres gardes. Les Monstres étaient sur eux et un ballet sanglant s'engagea pour le contrôle du Menhir

***

Les défenseurs ravalèrent leurs craintes pour leurs proches, bien obligés de se concentrer sur les Morts qui arrivaient à portée de flèches... Une première volée égrena la masse mais les Morts répondirent par des traits sombres, moins précis mais tout aussi mortels. Après quelques secondes la Barricade était assiégée. Fort heureusement le terrain était propice aux défenseurs avec la Serpentine qui limitait le flot des Morts. Fulbert et Eryndra ne pouvaient que ronger leur frein pendant les lentes secondes avant le fracas, mais dès les premières mêlées, ils furent à l'avant garde, jurant de se protéger mutuellement.

***

Les Brisefiels menaient la contre charge vers le guet, chevauchant à bride abattue pour empêcher la catastrophe de se produire. Edward hurla contre le vent une prière à La Borgne, Shaw resserra les sangles de son bouclier, Bernt fit crisser ses lames entre elles tandis que la discrète Syllana encochait une flèche. La noirceur tombante força les cavaliers à réduire l'allure pour éviter les chutes, mais ils étaient proches...

Des bruits de courses et d'éclaboussures se heurtèrent au fracas des sabots sur la lande. Les Aquiloniens à la vue de l'ennemi resserrèrent leur formation et chargèrent. Las, ils n'avaient pas eu le temps de remarquer que certaines goules particulièrement grosses et répugnantes avaient déjà traversé.

Des cavaliers furent fauchés de leurs montures lancées à plein galop, des créatures de terreur plongeant leurs griffes dans leurs entrailles avant de même réaliser ce qui leur arrivait. La formation explosa, certains tentant d'aider leurs camarades tandis que d'autres poursuivaient leur but.

***

Une sombre mélopée se faisait entendre lorsqu'une brève accalmie permettait à Eryndra de ne plus être assourdie par les violents échanges de coups. Après avoir lancé un sort d'enchevêtrement pour ralentir les zombies en passe de se jeter sur son camarade clerc, elle leva  les yeux à la recherche de l'origine de ce funeste cantique : la colline des Nécromants!
La barricade tenait, sous les invectives incessantes de Morgraine Vertechute les hommes serraient les rangs. Ils se comportaient en braves et nul ne pouvait prétendre que chaque homme qui tombait n'avait pas vendu chèrement sa vie.

*** 

Araun avait le cœur serré en abattant une villageoise qui, mordue par une goule et ayant désormais rejoint l'autre camp, cherchait à lui arracher la gorge. La menace dans son secteur semblait neutralisée lorsque Rosalia et Sayyaana déboulèrent en sueur pour l'avertir qu'un regroupement de goules fonçait en direction de la Barricade pour les prendre à revers tandis qu'une poignée de ces monstres tentait de fracasser les portes des cryptes du temple où tant d'innocents se calfeutraient. Il fallait prendre une décision..

***

Salomon avait la respiration d'un souffle de forge après quelques minutes de combat seulement. L'assaut les avait pris au dépourvu et peu avaient été confronté au combat aérien de ces créatures. Les pertes étaient sévères, la moitié de l'escouade gisait déjà au sol. Fallait-il tenir le Menhir et condamner ses hommes ou bien faire retraite et abandonner à leur sort Vincent Rougétoile et ses braves ?

***

Araun fit un choix, diviser ses maigres forces. Il envoya Rosalia et un petit contingent au secours des civils tandis que lui-même et Sayyaana fonceraient au secours de la Barricade. 

***

Fulbert ruisselant avait du mal à tenir sa masse, ses doigts gourds tétanisaient. Sa vie se trouvait résumée à un balayage de gauche et de droite simplement troublée par les assauts vicieux des Morts. Eryndra lui était restée aux basques et leur duo faisait une différence sur la ligne. Pourtant lorsque Fulbert put enfin se retourner, il n'aperçut pas des amis, mais bien des goules qui fonçaient vers les arrières !

Alors que les hommes de la Barricade étaient pris dans un étau mortel et que Morgraine Vertechute peinait à donner des ordres clairs si ce n'était de tenir le sol et de se préparer pour le dernier carré, la troupe d'Araun vint renforcer les arrières, regonflant pour un instant l'espoir des vivants.

***

Syllana lâchait flèche sur flèche, ramassant les traits sur les cibles abattues autant que possible ou les récupérant dans les carquois des héros tombés... Les Brisefiels avaient réussi au Guet à tenir la position et contrecarrer le piège sanguinaire des Goules. Petit à petit leur force venait à bout de la marée, mais.. trop tard pour être d'une quelconque utilité au cœur de la mêlée : la Barricade !

***

Eryndra s'épuisait à suivre le rythme endiablé du clerc de La Borgne, hors d'haleine elle gardait autant que faire se pouvait un œil sur la colline maudite. Ce qu'elle y voyait l'emplissait d'effroi ! Une brume de lumière rougeâtre commençait à se répandre vers le bas de ses pentes.  Eryndra n'en connaissait pas les effets, mais elle n'avais pas besoin d'être devin pour savoir que si la brume atteignait la ligne, tout serait fini.

Eryndra vit une lueur isolée dans les collines, se déplaçant lentement, méthodiquement vers le camp des Nécromants. Le signal ? 

Oui peut-être, un fol espoir naquit en elle et d'un cri elle attira le regard des survivants ! Oui le commando mené par Vincent Rougétoile avait réussi à passer ! Ils allaient tomber sur ces f... de p.. et leur régler leur compte !

La torche fondit sur sa cible et rapidement la brume cessa son avancée. Le regain d'énergie des défenseurs permit de repousser suffisamment les morts pour pouvoir faire jonction avec le groupe d'Araun.  Mais ce répit ne put durer. Il fallait toujours compresser l'hémorragie et l'empêcher de se répandre vers le Fort.

***

Mais il y avait une plaie déjà suppurante, au cœur du Fort et Rosalia courrait pour tenter une chirurgie de dernière minute dont elle avait le secret. Lorsqu'elle arriva au Temple, elle vit que les dernières Goules venaient de se frayer une brèche dans les cryptes. Les cris montaient des souterrains.

Faisant rouler ses épaules las, elle fonça avec ses quelques camarades restants dans les sous-sols. Les corps sans vie des vieillards jonchaient le sol, ils avaient tenté de protéger les femmes et les enfants. Au fond des cryptes, le Père Hippolyte protégeait ces derniers, démontrant de véritables dons pour l'extermination des morts.. Avait-il été plus qu'un simple prêtre dans une autre vie ? Hélas jamais Rosalia ne le découvrirait car le nombre vint à bout du prêtre avant qu'ils n'aient pu faire jonction. De rage envers toutes ces vies innocentes perdues, les Aquilonniens fondirent sur les Goules et les massacrèrent... Mais les pertes étaient déjà lourdes!

***

Salomon donnait ses dernières forces dans ce combat perdu d'avance. Les Gargouilles étaient implacables et il ne lui restait que trois autres vivants à ses côtés. Dos à dos, ils espéraient tenir assez longtemps pour que leur sort signifie quelque chose. Résignés, ils virent alors une étincelle bleutée apparaitre à leurs côtés... Un portail s'ouvrait !

Qu'allait-il en émerger ? Des alliés ou encore plus de monstruosités ? Un revers de ce genre n'aurait pas étonné Salomon dont l'âme se résignait. Mais non c'était bien des alliés qu'il distinguait ! De fiers guerriers du Fort. Ces derniers luttaient sur la colline des Nécromants. 

Mais quelque chose n'allait pas... C'était le chaos là-bas... Plus que ça n'aurait dû l'être ! Salomon vit des cultistes passer dans les airs, comme des plumes soufflées par une bourrasque. Il distingua un être énorme fait de troncs et de racines à l'origine de cette catastrophe ambulante... Syllana avait dit vrai ! L'homme-arbre était venu !
Mais son courroux était terrible, il ne faisait pas grand cas de la notion d'ami ou d'ennemi, il n'était que pure force de destruction. Les Gardes avaient donc déclenché la retraite, recroquevillés derrière un mur de boucliers, leur devoir de sape accompli.

Salomon et ses braves luttèrent pour sécuriser leur arrivée, repoussant peut-être pour la dernière fois les infâmes Gargouilles. Ça y est, les premiers hommes passaient la porte d'Ether ! Le portail se gondolait, tiraillé par les forces magiques en présence. on voyait Vincent Rougétoile peiner pour maintenir le passage. Les hommes continuaient d'affluer pour rejoindre une relative sécurité et surtout pour fuir la folie derrière eux. 

Salomon croisa le regard du vieux mage et sut instantanément que ce dernier ne reviendrait pas.. Il avait déjà décidé de se sacrifier pour tenir le portail ouvert le plus longtemps possible. Son effort ne suffirait pas à faire passer tout le monde, la magie s'évaporant rapidement, mais il en sauverait le maximum !

Le portail se dissipa laissant une odeur âcre dans l'air. Le lien n'était plus, seul le destin déciderait du sort des malheureux restés en arrière.

Salomon accueillit les hommes éreintés. Ensemble ils chassèrent les dernières Gargouilles dans le ciel. Laissant les plus mal en point à la sécurisation de la place, Salomon devant l'inutilité de rester là plus longtemps décida de mener sa bande vers les combats de la Barricade... Peut-être qu'ils pourraient faire une différence là-bas.

***

Fulbert mugissait de plaisir, voir les maîtres des Morts se faire rétamer était un spectacle ravissant. Même si l'obscurité masquait le gros du carnage, il était évident que le vent avait tourné. La brume scélérate ne se déversait plus vers eux, les Morts semblaient perdre petit à petit leur cohésion, les vivants vaincraient.. Les vivants vivraient !

Un brouhaha montait de l'arrière des lignes, Araun les avait rejoint et Salomon arrivait à la course. Morgraine décida de l'instant.. Il fallait pousser l'avantage, même si les forces du Guet n'était pas présente !

Une sortie, une folie, mais peut-être nécessaire pour reprendre l'initiative dans ce combat qui était jusqu'alors une défaite.

Le tocsin sonna, les corps répondaient. Les soldats fourbus se tassèrent derrière leurs boucliers et enjambèrent la Barricade... Les morts s'effondraient face à eux.

***

De grands craquements accompagnèrent le départ de l'Homme-Arbre satisfait de la scène d'apocalypse qu'il laissait derrière lui. Sa part du marché avait été honorée... Les Hommes et les Elfes respecteraient-ils la leur ?

Quoi qu'il en soit, plus une âme ne vivait sur la colline.

***

Les quelques Morts doués d'un semblant d'intelligence décidèrent de rompre les rangs alors qu'une aube encore lointaine venait lécher les cimes du Rempart.

Le matin vit le triomphe des vivants, mais une victoire bien amère au regard des pertes qu'il fallait déplorer. Beaucoup de héros ou d'inconnus gisaient sur les pentes ensanglantées. Cette bataille laisserait une cicatrice profonde sur le Fort, et plus que cela, elle sèmerait le doute dans les esprits et cœurs de chacun : sommes-nous en sécurité derrière ces remparts ?

Il n'y eut pas de célébration, pas d'homélie, pas de réjouissance. Une mutine cérémonie personnelle pour chaque guerrier pleurant ses morts. Mais le Maître de Fort Aquilon, Charles Clairval ne l'entendait pas de cette oreille. On lui avait volé quelque chose et il comptait bien châtier les malandrins qui profitaient de la situation ! Lui et ses hommes interrogeaient tous les survivants, malmenant parfois certains récalcitrants. Morgraine ne comprenait pas la  réaction de son chef, ils avaient pourtant gagné.. Que se passait-il ?

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